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01

Les Acarniens.

Comédie.

De quinze comédies qu'a faites Aristophane , il ne nous en reste que onze, dont la première dans l'ordre chronologique est celle-ci, qui fut faite la sixième année de la guerre du Péloponèse , et par conséquent l'an du monde 3546. Cette pièce fut représentée aux spectacles d'Automne, aux Bacchanales. Ce fut la première d' Aristophane , où il fit parler les Anapestes en sa faveur. Au reste la préface générale explique ce que c'est et que la guerre du Péloponèse , et les Anapestes. Dans cette comédie on oppose les douceurs de la paix aux incommodités de la guerre.

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02

Le traducteur dit Ctésiphon par erreur

Les personnages.

  • Dicéopolis.
  • Un Hérault.
  • Amphithée.
  • Des ambassadeurs.
  • Pseudartabas.
  • Un envoyé.
  • Une mère et sa fille.
  • Céphisophon.
  • Euripide.
  • Lamaque.
  • Un Mégarien et ses filles.
  • Un dénonciateur.
  • Un béotien.
  • Nicarque.
  • Un envoyé de Lamaque.
  • Un Laboureur.
  • Un paranymphe.
  • Des messagers de Lamaque.
  • Le chœur est composé d'Acharniens.
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03

(a) Aristophane avait attaqué la conduite de Cléon , et les chevaliers avaient pris le parti du poète avec tant de succès, que Cléon avait été condamné à rendre cinq talents, qu'il avait extorqués des habitants des Iles pour les faire décharger de quelques impôts. Il y a une comédie d' Aristophane sur ce sujet, sous le titre des chevaliers .

Les Acarniens



Dicéopolis seul.

Que de choses me rongent le cœur, quand j'y pense ! Pour trois ou quatre qui m'auront fait plaisir en passant, celles qui me désolent sont comme les grains de sable de la mer. Mais voyons encore qui sont les choses qui m'ont chatouillé, et si elles ont véritablement mérité de me réjouir. Il faut avouer (a) que je ne me tenais pas d'aise lorsque quand je vis Cléon rendre les cinq talents. Que je voulus de bien à ces bons chevaliers ! En vérité ce fut là une belle action, digne de la Grèce. Mais ce plaisir fut suivi d'une terrible affliction pour moi : j'attendais, la gueule béante, à voir paraître Eschile , et j'entendis crier : Théognis introduisez le chœur. Ah je fus ému de ce changement ! Il est vrai que cela fut récompensé bientôt après, quand au lieu de Moschus , je vis paraitre Dexitée qui nous régala d'un chant Béotien qu'il accompagna divinement sur sa Lyre. Après cela, je pensai mourir d'ennui l'année passée, quand cet ignorant de Chœris voulut se mêler d'ajuster à la lyre un mode qui n'est que pour la flûte. Mais depuis que je me connais, je n'ai point encore

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04

(b) Les assemblées générales ordinaires, s'appelaient Curiai, d'où vient peut-être le curia des Latins. Elles se tenaient le premier, le dix et le trente du mois. Les assemblées extraordinaires s'appelaient Sunclètoi, parce que le temps n'en était point réglé, et qu'il fallait les convoquer exprès, ce qui marque le terme Grec. Mais ces deux sortes d'assemblées étaient assemblées du peuple. Il s'en tenait tous les jours une autre particulière appelée boulé ou Conseil.

(c) Voyez la Préface.

(d) Les modérateurs de l'assemblée.

eu les yeux plus incommodés de la poussière qu'en me rendant ici ce matin. C'est un des jours d'assemblée (b) générale, cependant le lieu est désert, pendant que le marché est rempli de gens qui s'entretiennent, et qui ne font que courir çà et là aussitot qu'ils voient venir la corde rouge (c) . Les (d) Prytanes se [?] font attendre à leur ordinaire et puis, quand ils viennent, c'est une confusion épouvantable ; on se pousse, on s'étouffe pour s'emparer des bancs de bois. Et quand on est assemblé, c'est de toute autre chose qu'on traité que de la paix. O ! Ville ! O ! Pauvre ville ! Pour moi je suis toujours le premier au lieu de assemblée. Je m'y trouve seul, je m'ennuie, je baille, je m'étends, je pète d'impatience, j'écris, je me tire les sourcils et la barbe, je jette les yeux sur la campagne, je meurs d'envie de revoir la paix. Le séjour de la ville me déplait, je soupire après mon village, aussi bien ne parle-t-on plus ici ni de vendre ni d'acheter. Qu'on en dise ce qu'on voudra, pour moi je suis résolu d'avis de faire un vacarme épouvantable, en dépit des rhéteurs orateurs, si l'on parle d'autre choses que de la paix. Mais voici messieurs les Prytanes, n'ai-je pas dit la vérité ? Il s'en va midi. Dieux ! Quel tumulte, on se tue à qui occupera les premiers hauts bancs.

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05

(e) On prenait le sang d'un cochon de lait immolé, dont on faisait aspersion tout autour de l'assemblée par dehors.

(g) Allusion au nom d' Amphithée qui signifie Quasi Dieu.

(h) Le poète fait ici cette sotte généalogie pour se moquer d' Euripide , qui en insère souvent dans ses pièces. Voyez Iphigénie en Tauride.

Le hérault . Amphithée . Dicéopolis . Les ambassadeurs .

Le hérault.

Avancez ; faites place au sacrificateur qui fait (e) l'aspersion autour de l'assemblée.

Amphithée

Qui est-ce qui parle ?

Le H.

Qui est-ce qui veut parler ?

Amph.

C'est moi.

Le H.

Qui es-tu, toi ?

Amph.

Amphithée .

Le H.

Est-ce ton nom, ou ta qualité ? Veux-tu dire que tu es quelque chose de plus (g) qu'un homme ?

Amph.

Sans doute. Je suis une espèce d'immortel, et la raison, c'est qu' Amphithée (h) fut fils de Cérès et de Triptolème ; le fils d' Amphithée fut Célée , qui épousa Phénarète ma grand-mère, dont le fils Lycin fut mon père. Ainsi je suis immortel et c'est à moi seul que les Dieux ont donné le privilège de faire trêve avec les Lacédémoniens. Mais tout immortel que je suis, Messieurs, je n'ai pas de quoi mettre sous la dent ; car les Prytanes n'ont point soin de ma subsistance.

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06

(i) Il y en avait mille pour la garde de la ville. D'abord ils avaient dressé leurs tentes au milieu des places. Depuis, on les fit passer à l' Aréopage. On les appelait : Scythes ; et Peusines, à cause d'un certain Peusinus qui leur avait fait [illisible]

(Il manque une ligne de cette note, enlevée probablement par le relieur :

Le H.

(i) Archers ! Enlevez cet impertinent.

Amph.

O ! Triptolème et Célée ! Souffrirez vous qu'on me traite ainsi ?

Dicéopolis

Vous avez tort, Messieurs les Prytanes , et l'assemblée a sujet de se plaindre de vous de ce que vous faites enlever un homme qui avait dessein de nous procurer la trêve, de faire pendre les boucliers au croc.

Le H.

Tais-toi, et reprends ta place.

Dic.

Non ferai, par Apollon , si vous ne délibérez sur la paix.

Le H.

Ce sont les ambassadeurs qui reviennent d'auprès du roi des Perses.

Dic.

Quel roi ! Quels ambassadeurs ! Ils me font mal au cœur. Je hais ces paons, ces fanfarons.

Le H.

Paix là !

Dic.

O ! Dieu ! Quelle mascarade Persanne Persinus [?] !

Les ambassadeurs

Vous nous envoyâtes vers le grand Roi, Messieurs, sous l'archonte Euthymènes , et l'on nous ordonna, pour notre dépense deux dragmes par jour.

Dic.

Que de dragmes perdues !

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07

(k) Fleuve de Lydie, vers Milet.

Caïstre

Les amb.

Que ne souffrimes-nous pas, en marchant par les plaines qu'arrose le Caystre , en campant, et en nous faisant porter mollement sur des chariots ! C'était une pitié de voir ce que nous endurions.

Dic.

J'étais bien mieux, peut-être, sur les remparts, couché sur un fagot de bruyère ?

Les amb.

Et les amis qui nous recevaient, nous faisaient boire par force et avaler mainte et mainte rasade de bon vin dans de grands verres bien nets, ou des coupes d'or.

Dic.

O ! Ville d' Athènes ! Est-ce ainsi que l'on se moque de toi ?

Les amb.

Car vous devez savoir que les barbares n'estiment pas qu'on soit homme, si l'on ne mange à crever, et si l'on ne boit de même.

Dic.

Et nous, nous appelons cela crapule et brutalité.

Les amb.

Enfin au bout de quatre ans nous arrivons au palais royal. Mais le roi à la tête de son armée était allé faire caca, et il fut huit mois à chier sur des monts d'or.

Dic.

Huit mois à chier ? Et combien à fermer le cul ?

Les amb.

Enfin il revint à la pleine lune, et nous reçut comme il faut. Il nous faisait

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08

(l) Pour faire rire le parterre, celui qui représentait Pseudartabas n'avait apparemment qu'un grand œil monstrueux à son masque.

servir des bœufs entiers cuits au four.

Dic.

Qui a jamais vu des bœufs cuits au four ? Au diable les fanfarons !

Les amb.

Oui, de par Dieu ; et un oiseau trois fois plus grand que Cléonyme , qui s'appelait : fripon.

Dic.

Et toi, tu nous friponnais chaque jour deux dragmes.

Les amb.

Enfin, nous vous amenons Pseudartabas , l'Œil du roi.

Dic.

Que les corbeaux tirent le tien, ambassadeur, au diable.

__

Le hérault . Dicéopolis . Pseudartabas . Amphithée .

Le H.

(l) L’Œil du Roi, messieurs.

Dic.

O ! grand Hercule ! De par tous les Dieux, Monsieur l'œil, ce n'est pas un œil que le tien ; c'est une embrasure à passer la rame. Il me semble voir une galère commencer qui commence à doubler le cap.

Le H.

Parle, Monsieur l'œil ; apprends-nous ce que le roi t'a chargé de nous dire.

Pseudartabas

Iartaman, erxarxan, apissano satra.

Le H.

Entendez-vous ce qu'il a dit ?

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09

Il y a ici des jeux de mots qui ne sont point traduits.

Dic.

Par Apollon ! Ce n'est pas moi toujours qui l'entends.

Le H.

Il dit que le roi vous enverra envoie de l'or.

Dic.

Dis-le haut et clair ; de l'or !

Pseud.

Fous être tous pon poucre, messieurs Ionnienne ; fous n'afre pointe li or.

Le H.

Diable ! Que cela est clair !

Dic.

Qu'a-t-il dit ?

Le H.

Il a dit que les Ioniens sont des b. passifs, s'ils s'attendent que les barbares leur envoient de l'or.

Dic.

Non, non, ce n'est point cela ; il a voulu dire que nous aurions de la poudre d'or plein les poings.

Le H.

Quel Qui est donc ce mauvais plaisant-là qui veut rire ?

Dic.

Laissez-moi examiner en particulier ce monsieur l'œil. Çà dis-moi un peu, à moi, là, que je ne te rende plus rouge que la pourpre de Sardes ; le grand roi nous enverrait enverra-t-il de l'or ? Il fait mine que non. Nous ambassadeurs se moquent-ils de nous ? Il fait mine que oui. Mais il me semble que ces mines-là

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10

(m) Roi de Thrace qui avait épousé la sœur de Nymphodore d' Abdère. Et Sadoc , fils de Sitalcès , étant venu à Athènes, y avait été fait citoyen.

sont tout à fait attiques. Je gage que ces gens-là sont d'ici. Ma foi, je reconnais déjà un de ces eunuques ; c'est Clisthène fils de Syb Sibyrte . O ! Singe paillard, qui as toujours le cul chaud et dépilé ; depuis quand est-ce que les eunuques portent de si grandes barbes?, et celui-ci, qui est-il ? n'est-ce point Straton ?

Le H.

Paix là, qu'on s'assoie. Le Conseil invite au Prytanée l'œil du Roi.

Dic.

Et l'on ne se pend pas ? Et je porterai davantage que les armes ? Et nos portes seront toujours ouvertes à de pareils hôtes ? Je ferai quelque chose d'extraordinaire ; je l'ai de résolu. Mais qu'est devenu Amphithée ?

Amph.

Le voici.

Dic.

Prends ces huit dragmes et m'achète le pouvoir de faire trêve avec les Lacédémoniens, pour moi seul, mes enfants et ma femme. Et vous, amusez vous à vos ambassadeurs et baiez le bec.

__

Le hérault . L'Envoyé . Dicéopolis .

Le H.

Que l'Envoyé s'avance. Il revient d'auprès de Sitalcès (m) .

L'Envoyé.

Le voici.

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11

é [?] té fait citoyen. Le H.

L'Envoyé !.......

Dic.

Voici encore une autre espèce de hableur qu'on nous produit.

l'En.

Nous n'eussions pas été si longtemps en Thrace....

Dic.

Non, par Dieu, si tu n'eusses été payé bien grassement...

l'En.

… si toute la Thrace n'eût été couverte de neiges, et tous les fleuves glacés.

Dic.

C'est que Théognis faisait représenter en ce temps-là ses tragédies.

l'En.

Je passai cette rude saison à boire chez Sitalcès . Il est vrai qu'il aime les Athéniens au'delà de l'imagination. Pour preuve de cela, on voit écrit sur les murs de son palais : Ce sont de braves gens que les Athéniens . Et son fils que nous avons fais citoyen d' Athènes, mourait d'envie de manger des boudins d'Apaturie, c'est pourquoi il pressait extrêmement son père de secourir la patrie. Le père a donc juré, en faisant des libations, qu'il nous donnerait tel secours, que les Athéniens diraient en voyant son armée : quelle nuée de sauterelles !

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12

(n) Il faut se souvenir de ce qui est dit dans la préface de l'engin que les acteurs de l'ancienne comédie portaient au bas du ventre. Ici il était figuré circoncis, pour donner un air étranger à ces faux Odomantes.

Dic.

Que je puisse mourir de malemort si je n'en crois rien !

l'En.

Il a tenu sa parole, et nous a envoyé des troupes du canton de la Thrace le plus belliqueux.

Dic.

On le voit assez.

Le H.

Que les Thraces amenés par l'Envoyé s'avancent !

Dic.

Que diable est-ce là ?

Le H.

C'est l'armée des Odomantes.

Dic.

Quels Odomantes ? Qu'est-ce que que cela? qui s'est jamais avisé de péter (n) le bourdon des Odomantes ?

l'En.

Moyennant deux dragmes par jour tête, ils vous ravageront toute la Béotie.

Dic.

Quoi ? Donner deux dragmes à ces circoncis ? Quel désespoir pour le peuple marinier qui jusques ici a sauvé la ville. Malheur à moi, je suis ruiné par les Odomantes, ils ont dérobé mon ail.

l'En.

Laissez cet ail. Et toi, malheureux, ne te joue point avec ces coqs qui ont mangé de l'ail.

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13

(*) Voyez ce que l'on a dit dans la préface au sujet de cette superstition.

(o) Depuis que les Acarniens avaient vu de dessus les murs d' Athènes bruler leurs moissons, sans que Périclès leur permît de sortir pour les défendre, ils étaient les plus opposés à la paix avec les Lacédémoniens. Ils étaient la plupart charbonniers.

Dic.

Vous voyez ce qu'on me fait, Messieurs les Prytanes, et vous le souffrez ? Des barbares à moi ! Au milieu de la ma patrie ? Je m'oppose à ce qu'on s'assemble pour délibérer sur la solde des Thraces. Je vous déclare que c'est aujourd'hui un jour malheureux, et qu'il est tombé pour moi une goutte d'eau (*) ; nous sommes menacés d'un orage.

Le H.

Les Thraces peuvent se retirer. Ils reviendront à la nouvelle lune. Les Prytanes congédient l'assemblée.

Dicéopolis

Dicéopolis . Amphithée .


Dic.

Malheur à moi ! Que de bonnes sauces que j'ai perdues ! Mais ne vois-je pas Amphithée de retour de Lacédémone ? Salut, mon cher Amphithée .

Amph.

Attends donc que j'aie cessé de courir pour me dire : Salut ; car il faut que je tache d'échapper à ces Acarniens (o) .

Dic.

Qu'y a-t-il ?

Amph.

Je me hâtais de t'apporter de belles et bonnes trèves. Quelques Acarniens en ont eu vent, de ces vieillards épais, durs comme le chêne vert et l'érable ; de ces gens qui ont

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14

(p) Le mot Spondai qui signifie des trèves signifie aussi des libations ; ce qui donne lieu à plusieurs jeux de mots dans cette pièce.

toujours la bataille de Marathon à la bouche. Ils ton tous crié sur moi tu portes des trêves (p) , scélérat, et nos vignes sont coupées ? Aussitôt ils ont rempli leurs manteaux de pierres pour me lapider. J'ai pris la fuite ; ils m'ont suivi en criant.

Dic.

Laisse les crier. Il est donc vrai que tu m'apportes des trêves ?

Amph.

Et oui vraiment ; en voilà. Trois bonnes lampées. Elles sont pour cinq ans. Goûte pour voir.

Dic.

Ouf !

Amph.

Qu'est-ce à dire : Ouf !

Dic.

Elles ne me plaisent pas : elles sentent la poix, le goudron et la marine.

Amph.

Eh ! bien, en voilà d'autres pour dix ans. Goûte.

Dic.

Elles sentent les ambassades et le séjour importun des troupes auxiliaires ; cela est aigre.

Amph.

En voici donc pour trente ans, par mer et par terre.

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15

(*) On apprend d'un distique fait en son honneur qu'il sautait à 55 pieds ; et qu'il poussait le palet à 95 pieds.

Dic.

O ! Sacrées Bacchanales ! celles-ci sentent le nectar et l'ambroisie ; elles sentente le plaisir qu'il y a à n'être pas obligé de prendre des vivres pour trois jours. Elles me disent : va où tu voudras. J'accepte celles-ci ; je les avale de tout mon cœur.

Amph.

Pour moi j'envoie promener tous les Acarniens.

Dic.

Et moi, délivré de la guerre et de tous les maux qui la suivent, j'irai célébrer aux champs les Bacchanales.

Amph.

Et moi, j'éviterai, si je puis, les Acarniens.



Chœur d'Acarniens.

Par ici, venez tous. Suivez, suivez ; qu'on demande à tous les passants qu'est devenu ce malheureux. Il importe à la république de l'arrêter. Enseignez nous, de grâce, si vous le savez, de quel côté s'est enfui celui qui portait les trèves.

Demi-chœur.

Il s'enfuit, il nous a échappé. Malheur à moi ! pourquoi suis-je si vieux ! O ! que cela ne me serait pas arrivé dans mon jeune temps, quand, chargé d'un panier de charbon, je suivais à la course (*) le fameux mesure-chemin Phaylle . O ! que ce porteur de trève ne m'aurait pas si légèrement échappé.

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(q) Archonte d' Athènes, dans l'année duquel il y eut beaucoup de neige et de glace. Son nom était passé en proverbe pour marquer la froidure et la pesanteur.

(?)

(s) bourg ou canton de l' attique où les athéniens s'assemblèrent en guerre pour charger le tyran Pisistrate .

Mais à présent que j'ai la jambe raide, et que le vieux Lacratide (q) a la cuisse pesante, le scélérat se dérobe à nous. N'importe, il faut le poursuivre de peur qu'il ne se moque de nous. Non, non, qu'il ne soit pas qu'il puisse échapper aux vieillards d' Acarne, ( père Jupiter , et vous Dieux, celui qui a fait trève avec les ennemis qui me font la guerre et ravagent mon pays. Je ne cesserai point que je ne me sois tout enfoncé dans son/ leur corps, comme un roseau raide, pointu et douloureux afin qu'ils ne viennent plus fouler mes vignes au pied. Mais il faut chercher cet homme et regarder de tous côtés comme on fait quand on s'assembla en armes à (s) Pallène ( pour faire la guerre au tyran Pisistrate ). Poursuivons-le de rue en rue, de sorte que nous le trouvions à la fin. Je meurs d'envie de le lapider ; il me semble que je ne puisse assez me charger de pierres.

Dicéopolis . Le Chœur . La mère et la fille.

Dic.

Silence, faites le silence.

Le chœur.

Paix ; que chacun se taise. Avez-vous entendu comme on fait faire silence ? Le voilà celui que nous cherchons. Tirons nous un peu pour le laisser

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17

(t) Dans les fêtes de Bacchus les premières filles de la ville portaient des paniers d'or remplis de prémices des fruits.

(u) Perche au bout de laquelle était un Priape de figuier. Quand Pégase apporta d' Eleuthères, ville de Béotie, les mystères de Bacchus , les Athéniens les méprisèrent et en furent punis de maux aux parties de crêtes, dont ils ne furent guéris qu'en honorant ces mêmes mystères.

avancer. Il sort comme pour faire sacrifice.

Dic.

Silence, faites silence ! Avancez la fille, avec votre corbeille (t) ; que Xanthias porte l'Ithyphalle (u) droit.

La m.

Mettez bas la corbeille, ma fille, que nous offrions les prémices.

La f.

Donnez la cuillère, ma chère mère, que je verse de la purée sur ce gâteau.

Dic.

N'est-ce pas bien fait à moi, Seigneur Bacchus , de te marquer ma reconnaissance par cette pompe et ce sacrifice domestique, pour commencer par un heureux augure les Bacchanales que je veux célébrer à la campagne, loin du bruit et des armes, en jouissant en paix de mes trèves de trente ans ?

La m.

Allons, ma fille, marchez gravement et modestement en portant votre corbeille. Le regard d'une fille élévée frugalement ; et qu'on puisse dire en vous voyant : heureux celui qui l'épousera et qui fera avec elle des petits chatons mignons qui ne pèteront que le matin ? Avancez, prenez garde que quelqu'un dans la foule ne vous croque vos bijoux.

Dic.

Prends garde, Xanthias , à tenir droit

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18

(x) (v) Ces mots font l'époque de la pièces.

(x) Capitaine général des Athéniens, qui périt avec Nicias dans l'expédition de Sicile, où les Athéniens perdirent 40 mille hommes.

L l'Ithyphalle derrière cet enfant. pour moi je vais chanter en suivant, à l'air de cette mystérieuse cheville. Et toi, femme regarde moi de dessus le toit. O ! Phalès , compagnon de Bacchus qui te plais à errer çà et là pendant la nuit ! Aimable scélérat qui plait aux femmes adultères, et cherches les jeunes garçons ! Il m'est donc permis après dix (x)(v) ans, de t'adresser la parole en revoyant mon cher village à la faveur des treffes trèves que j'ai faites, qui délivrent des embarras des affaires et des dangers de la guerre (x) , de Lamaque et de tous les gens. Qu'il est bien doux, o ! Phalès , Phalès ! De trouver à l'écart quelque montagnard de Thrace de bonne prise, qui vient puiser de l'eau de la saisir par le milieu du corps, la jeter à la renverse, et F fouler la grappe avec elle, o ! Phalès , Phalès ! Si tu veux t'enivrer avec nous, l'on te donnera le matin un bouillon de pain et les boucliers, nous les pendrons sur la cheminée du Cabaret.

Le chœur.

Le voilà, c'est lui-même. Jetez, jetez frappez le scélérat. Quoi ? Vous ne le jetez pas ?

Dic.

Qu'est-ce donc, par Hercule ! Vous renverserez la marmite rature.

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19

(y) Il fait allusion à la première profession de Cléon , qui était marchand de cuir.

Le chœur.

Nous te lapiderons, malheureux.

Dic.

Mais aprenez moi auparavant, vous les plus vieux des Acarniens, ce que j'ai fait.

Le chœur.

Tu le demandes, effronté, scélérat, traître à la patrie, tu le demandes ? toi qui seul d'entre nous, as osé faire trêve avec les ennemis, tu as la hardiesse de me regarder en face ?

Dic.

Mais vous ne savez pas pourquoi j'ai fait trêve. Daignez m'entendre.

Le chœur.

T'entendre ? tu périras ; nous t'accableront sous un monceau de pierres.

Dic.

N'en faites rien, avant que de m'avoir entendu. Patientez un moment, mes bonnes gens.

Le chœur.

Point de patience ; point d'apologie. Je te hais encore plus que je n'ai jamais haï Cléon , que je livrerai aux chevaliers, pour le découper aussi menu que des aiguillettes et des (y) hausses de souliers. Je ne veux point entendre tes discours ; tu as fait trêve avec les Lacédémoniens ; je veux t'en punir comme tu le mérites.

Dic.

Mes bonnes gens ! Laissez là les Lacédémoniens ; écoutez seulement si je n'ai pas bien fait de m'assurer d'une bonne trève.

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Le chœur.

Quelle couleur peux-tu donner à la trève que tu as faite avec des gens qui ne respectent, ni autel, ni foi, ni serment.

Dic.

Je sais que nous en voulons extrêmement aux Lacédémoniens ; mais je sais aussi qu'ils ne sont pas la cause de tous nos maux.

Le chœur.

Pas la cause de tous ? Méchant que tu es? Tu l'oses dire à notre barbe et nous t'épargnerions ?

Dic.

Non, je le dis et je le soutiens, ils ne sont pas la cause de tous nos maux, et je ferais bien voir qu'on leur fait injustice en bien des choses.

Le chœur.

Cela est insupportable, d'entendre tenir de pareils discours en faveur de nos ennemis.

Dic.

Pour vous montrer que je suis sûr de mon fait, je veux faire leur apologie la tête sur le billot ; et qu'on ne me la coupe que si les assistants ne demeurent pas d'accord que j'ai raison.

Le chœur.

Compagnons ! Que faisons nous de nos pierres ? Pourquoi ne pas accabler ce malheureux, ne pas le briser, ne pas le rendre plus rouge que la casaque de ses bons amis !

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21

Dic.

Quel feu de noirs charbons s'allume parmi vous ? N'écouterez vous pas la vérité, gens d' Acarne ?

Le chœur.

Nous ne voulons rien entendre.

Dic.

Je suis donc bien malheureux.

Le chœur.

Périsse qui t'écoutera !

Dic.

Eh ! non, mes chers Acarniens.

Le chœur.

Tu mourras ; cela est bien sûr.

Dic.

Je sais bien aussi ce que je ferai, moi ; je tuerai les plus chers de vos amis ; je vais égorger vos otages à vos yeux.

Le chœur.

Que veut-il dire ? Mon pays. De quoi menace-t-il nos Acarniens ? N'aurait-il point chez lui le fils de quelqu'un d'entre nous ? Qu'est-ce donc qui le rend si résolu ?

Dic.

trainant un panier de charbon, et tirant un coutelas : Jetez, frappez, si bon vous semble ; je sais mettre celui-ci en pièces, et je saurai bientôt, si vous serez assez dénaturés pour n'être pas touchés d'une tendresse vraiment paternelle pour vos chers charbons.

Le chœur.

Tout est perdu. Je le reconnais ce mannequin, ce cher mannequin qui est mon compatriote. Ne sois pas si cruel que tu menaces de l'épée l'être.

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22

(z) Parnès, montagne de l' Attique.

X

X

Grâce, grâce pour le pauvre man nequin !

Dic.

Il est résolu que je le tuerai ; je ne te veux rien entendre.

Le chœur.

Feras-tu donc périr mon compatriote qui avait tant d'amour pour... le charbon ?

Dic.

Et moi, m'écoutiez-vous tout à l'heure ?

Le chœur.

Dis maintenant tout ce que tu voudras pour toi et pour les Lacédémoniens tes amis ; car je ne peux abandonner les intérêts de ce pauvre mannequin.

Dic.

Jetez donc à terre tous vos cailloux.

Le chœur.

Les voilà jetés ; mais quitte donc aussi ton coutelas.

Dic.

A condition qu'il n'y aura point de pierres cachées sous les manteaux.

Le chœur.

Les voilà secoués ; n'es-tu pas content ? mets aussi les armes bas, de ton côté, pendant que nous allons faire la secouade en dansant de pas.

Dic.

Peu s'en est fallu, charbons Parnesiens (z) , que vous ne soyez tous péris de malemort, par l'impertinence de vos compatriotes. Vous avez eu belle peur, et je l'ai bien éprouvé par la noire poussière dont vous m'avez masqué le visage, comme les sèches épaississent l'eau de leur encre. Vos compatriotes sont bien verts aussi cela est étrange, de les voir crier et menacer sans vouloir entendre raison, pendant que de mon côté

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je leur offrais de haranguer pour les Lacédémoniens, la tête sur un billot, moi qui aime assez la vie pour ne pas la prodiguer sans cause.

Le chœur.

D'où vient donc que tu n'apportes pas le billot ? Dépêche toi, malheureux, car je meurs d'envie d'entendre ce que tu as à dire. Tu as prescrit toi-même la forme de ton apologie et du jugement ; hâte toi de mettre le billot et de parler.

Dic.

Tenez ; imaginez vous que voilà le billot, et que voilà l'homme qui va parler, ce doigt-là. N'importe. Je sais bien que je ne porterai plus le bouclier, et je dirai pour les Lacédémoniens tout ce que je sais. Au reste je ne me laisse pas de trembler ; car je connais les Villageois. Ce sont des gens qui ne se possèdent pas, quand ils trouvent quand ils trouvent quelque flatteur effronté qui les loue et la patrie aussi, à tort et à travers. Et pendant ce temps là les pauvres gens ne s'aperçoivent pas qu'on les vend. Je connais aussi le naturel des vieillards, qui n'aiment rien tant que de nuire à quelqu'un par leur suffrages. Il m'en cuit de l'année passée, que Cléon prit occasion de ma comédie des Babyloniennes pour me trainer en jugement, où faisant autant de bruit que le torrent Cyclobore, il m'accabla d'injures et de calomnies. Je fus savonné que rien n'y manqua, et peu m'en fallut que cet impudent me fit périr. C'est pourquoi permettez qu'avant que de parler, je me déguise de manière plus propre à faire pitié.

Le chœur.

Que cherches-tu ? Que machines-tu ? Pourquoi perdre du temps ? Demande, pour l'amour de

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(a) Poète tragique, ridicule, sans jugement, introduisant des masques et des personnages extravagants et terribles.

(b) Homère l'a représenté comme le plus rusé de tous les hommes.

(c) Il se moque d' Euripide , qui introduit des esclaves qui ont trop de subtilité.

(d) Autre trait contre Euripide comme n'étant point naturel et allant trop chercher ce qu'il veut dire.

moi, au poète (a) Ieronyme , le casque qui a pour lambrequin et pour touffe les épaisses ténèbres. Après cela mets en place toutes les machines de Sysiphe (b) . Il ne s'agit pas ici d'une bagatelle ; c'est une affaire sérieuse.

Dicéopolis . Céphisophon .

Dic.

Il faut me revêtir de courage, et aller chez Euripide . Holà ! Garçon !

Céphi.

Qui est là ?

Dic.

Euripide est-il au logis ?

Céphi.

Il y est (c) , et il n'y es pas. L'entendez vous ?

Dic.

Que veut dire cela ? Il y est, et il n'y est pas.

Céphi.

J'ai dit la vérité, mon bonhomme. Soit il est aux champs (d) à ramasser des fleurettes ainsi j'ai dit avec raison qu'il n'est pas au au logis. Il y est pourtant, car il est perché là-haut où il fait une tragédie.

Dic.

O ! Trois fois heureux Euripide , d'avoir un valet qui sait répondre avec tant d'esprit et de clarté. Appelle-le, mon enfant.

Céphi.

Je ne puis.

Dic.

Appelle le pourtant, car je ne m'en irai

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(e) Il raille Euripide dans toute cette scène au sujet des gueux et des misérables qu'il a introduits dans des pièces.

point que je ne lui aie parlé ; je briserai plutot la porte. Euripide ! Mon petit Euripide ! Écoute, si jamais tu as écouté personne. Dicéopolis t'appelle, un homme de bien du bourg de colle.

Euripide . Dicéopolis . Céphisophon .

Euripide

Mais je n'ai pas le temps.

Dic.

Laisse toi seulement rouler.

Euripide

Je me laisserais bien rouler, mais je n'ai pas le temps de descendre.

Dic.

Euripide !

Euripide

Qu'as-tu donc à crier ?

Dic.

Tu te tiens en l'air, au lieu d'être à terre ; je ne m'étonne pas si tu fais des boiteux dans tes pièces. Mais d'où vient que je te vois paraitre avec de méchants haillons, tels que tu les emploies dans tes tragédies (e) ? Ce n'est pas sans sujet que tu y mets tant de boiteux, puisque tu te montres si bien fourni de guenilles . Je te conjure, en t'embrassant les genoux, mon cher Euripide : donne-moi quelques haillons des plus misérables de tes vieilles pièces, comme de Télèphe . Il faut que je fasse un grand discours au Chœur , et si je manque de réussir, j'ai la mort à craindre.

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(f) Pièce d' Euripide . Œneus chassé du trône par les enfants d' Agrius , et rétabli par Diomède .

Eur.

Quels haillons te faut-il ? Veux tu ceux du bon homme (f) Œneus , ce vieillard si misérable ?

Dic.

Je ne veux point de ceux d' Œneus ; j'en veux de quelqu'un d'autre de plus malheureux.

Eur.

Te donnerons- nos nous ceux de Phénix l'aveugle ?

Dic.

Non ; mais celle de quelqu'autre encore plus à plaindre que Phénix .

Eur.

Voici un homme bien curieux de haillons et de lambeaux. Tu veux peut-être les guenilles du vieux Philoctète ?

Dic.

Non ; mais de quelque gueux encore plus déguenillé.

Eur.

Voici ton fait. Ce sont les haillons sales que j'ai fait porter à ce boiteux de Bellérophon .

Dic.

Cela ne m’accommode point ; quoique ce Bellérophon fût boiteux, mendiant, importun, subtil, jaseur.

Eur.

Connais-tu le Mysien Télèphe ?

Dic.

Ah ! Voilà mon homme. Donne moi je te prie ses langes.

Eur.

Garçon ! Donne moi les haillons de Télèphe . Tu tu les trouveras là-haut sur ceux de Thyeste

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(g) Panier d'osier, où l'on mettait la lampe pour la transporter et la garder du vent.

auprès de ceux d' Ino .

Céphi.

Les voilà ; qu'il les prenne !

Dic.

O ! Jupiter ! Dont les regards pénètrent partout. Fais que je puisse passer pour le plus misérable des hommes. Euripide , puisque tu m'as fait cette faveur, donne moi tout l'accompagnement de la gueuserie. Et premièrement un méchant chapeau mysien pour me couvrir la tête. Car il faut que je paraisse gueux aujourd'hui. Je ne veux pas le devenir pour cela, mais il faut que je le paraisse et que je me moque de ces niais d' Acarniens.

Eur.

Tu l'auras, puisque tu as de si nobles desseins.

Dic.

Grand-merci. Dieu te le rende. O ! que je deviens un vrai Télèphe ! Mon esprit se remplit de subtilités. Il me faudrait encore un bâton, meuble nécessaire à tout homme qui fait profession de gueuserie.

Eur.

Prends-en un, et quitte enfin ma porte.

Dic.

Vois-tu, mon cœur, comme on me chasse de la maison, avant que d'avoir satisfait à tous mes besoins ? Allons, devenons importun. Donne moi, je te prie, une lanterne (g) d'osier bien enfumée.

Eur.

Quel besoin en as-tu malheureux ?

Dic.

Je n'en ai pas autrement affaire ; mais je la

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demande pourtant.

Eur.

Tu te rends insupportable. Sors au plus vite.

Dic.

Ahi ! Puisses-tu être heureux mon Euripide . bas comme ta mère Clito qui vendait des herbes.

Eur.

Eh ? Bien, voilà la lanterne enfumée. T'en iras-tu ?

Dic.

Pas encore. Je voudrais bien quelque vieille tasse dont le bord fut éclaté.

Eur.

En voilà une. Oh ! Que tu es à charge à la maison !

Dic.

Je ne suis pas encore au bout, vraiment Donne-moi quelque méchante petite marmite dont les trous soient bouchés avec de l'éponge.

Eur.

Cet homme-là m'enlèvera toute ma tragédie. Va-t-en avec cette marmite.

Dic.

Je m'en vais. Mais que ferai-je ? Il me manque encore une chose, sans quoi je suis perdu ! Écoute, mon cher Euripide , mon doux Euripide , je ne demanderai plus rien. Donne dans ce petit pot quelques feuille de laitues de rébut et je me retire.

Eur.

Tu me ruines ; tu m'enlèves tous mes poèmes.

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Dic.

C'en et fait ; je m'en vais ; je sais que je me rends importun ; et je ne m'aperçois pas que les grands n'ont que de l'horreur pour les gueux. Mais, malheur à moi ! Je suis perdu ; j'oubliais la pièce la plus essentielle. Mon petit Euripide , mon doux Euripide , mon ami ! Que je puisse périr si je te demande plus rien qu'une seule chose ; rien que cela, plus qu'une. Donne moi un peu de cette herbe que ta mère vendait pour du cerfeuil.

Eur.

Cet homme m'insulte ; qu'on lui ferme la porte au nez.

Dic.

O ! Mon cœur, le moyen de se passer de cette herbe si nécessaire ? Mais sais-tu quel combat nous attend ? Avançons ; voici la barrière. Tu t'arrêtes ? N'es-tu pas tout plein d' Euripide ? Voilà qui va bien mon pauvre cœur, approchant du billot ; mettons la tête dessus ; parlons hardiment. O ! Je m'admire moi-même.

Chœur . Demi Chœur . Dicéopolis .

Chœur

Que feras-tu ? Que diras-tu ? Il faut que tu sois sans pudeur, que tu aies un front d'airain, pour oser tendre le cou à tout l'état, et dire seul le contraire de ce que tous les autres pensent.

Demi-chœur

Cet homme ne paraît point étonné de son entreprise. Courage donc, puisque le sort en est jeté.

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(h) On faisait deux fêtes de Bacchus ; l'une au printemps, dans la Ville, et l'on apportait pour lors les rentes.

L'autre se célébrait l'hiver aux champs ; et s'appelait du pressoir, il n'y avait point d'étrangers à cette fête, à cause de la saison.

(i) Promontoire du Péloponnèse, où il y avait un temple de Neptune appelé asphalléus , ou de la sûreté. Les Hôtes cependant n'y en trou vèrent pas, puisque s'y étant réfugiés, les Spartiates les tuèrent sans respect pour l'asile. C'est pourquoi Dicéopolis invoque le Dieu de Ténare contre les Lacédémoniens.

(k) L'épithète ordinaire de Neptune dans Homère , est : l'ébranleur de terre.

/(con ?)

Dic.

Ne trouvez pas mauvais, spectateurs illustres Si tout gueux que je suis, j'ose parler aux Athéniens de choses qui concernent la République, et cela dans une comédie Bachique n'est pas défendu aux comédiens de dire de telles choses. Je veux que ce que j'ai à dire soit fâcheux mais il sera juste. Je ne crains plus que Cléon me nuise, en me reprochant que j'ai mal parlé de mes /citoyens en présence des étrangers (h) . C'est ici le spectacle d'automne, et tous les étrangers sont hors d'ici, en sorte qu'il n'y a personne de dehors pour payer les tributs, ni aucune troupes auxiliaires. Nous sommes tous belle orge mondée ; il ne se trouve ici ni paille ni balle. Je vous dirai d'abord que je hais tous les Lacédémoniens à l'excès, et que je prie le grand Neptune qu'on adore (i) à Ténare (k) . D'ébranler la terre et de renverser leurs maisons car je n'ai pas oublié que mes vignes ont été coupées. Mais au fond [et je crois que il n'y a ici que de mes amis) pourquoi voulez-vous du mal aux Lacédémoniens, comme s'ils étaient la cause de tout ceci ? Ç'ont été des certains particuliers d'entre nous. Je ne dis pas l'état, prenez-y garde et vous en souvenez ; mais de petites gens de faux aloi, sans nom et sans aveu, qui ont pris à tâche de chicaner et de vexer les Mégariens. On les a tourmentés partout sur les habits, sur les fruits, sur le gibier, les cochons de lait, l'ail, le sel ; enfin tout ce qu'on voulait confisquer : C'est de Mégare, disait-on, c'est de la contrebande ; et tout cela

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(l) Maîtresse de Périclès .

(m) Petite île vers la Thrace, alliée des Athéniens.

se vendait à l'encan sur le champ ; aussitôt saisi, aussitôt vendu. Ce n'est encore rien que cette bagatelle ; venons au fait. De jeunes fous, pleins de vin, s'en vont à Mégare, et enlèvent une fille de joie appelée Sinetre Simethe . Les Mégariens outrés de dépit, s'en vengent par représailles, et enlèvent deux demoiselles de pareille profession, de la suite d' Aspasie (l) ; et voilà l'origine de la guerre entre les Grecs, trois catins. Périclès l'Olympien, outré de fureur lança éclairs et foudre, et bouleversa toute la Grèce par le décret qu'il fit, qu'il ne fallait souffrir les Mégariens ni au marché, ni sur mer, ni sur terre. Les Mégariens se voyant réduits par ce décret, à la dernière misère, eurent recours aux Lacédémoniens pour le faire changer. Mais quoiqu'il eût été donné que pour venger deux catins, et qu'on nous sollicitât fortement et avec importunité de le casser, nous n'en voulûmes rien faire. Depuis ce temps là nous n'entendons que le bruit des boucliers. Les Lacédémoniens ont tort, me direz vous ; mais que fallait-il donc qu'ils fissent ? Là si quelqu'un des leurs eût dérobé un petit chien (m) de Sériphe, et l'eût emporté à Sparte ; qu'auriez-vous fait ? Seriez-vous demeurés en repos à la maison ? Tant s'en faut. Vous eussiez aussitôt armé trois cents vaisseaux ; la ville eût été pleine de tumulte et de trouble, de soldats qui eussent fait beaucoup de bruit, de mariniers en mouvement. On n'aurait vu que solde distribuée, figures de Pallas dorées pour orner la poupe des vaisseaux ; le palais en tumulte, vivres

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Ceci est dit deux fois. X

mesurés ; outres, cordages, barils achetés, ail et olives, sacs d'oignons, couronnes, poisson sec et salé, joueuse de flûte, calus au main toute la marine en mouvement . On n'aurait entendu que le bruit des rames et le frottement désagréable qu'elles font en appuyant contre les chevilles. On aurait eu l'oreille assourdie des radoub, des signaux, du sifflet et des chants de la chiourme. Voilà le parti que vous eussiez pris. Pour moi, qui suis Télèphe , je sais bien que je n'en aurais rien fait, mais c'est que vous n'avez point d'espoir.

Le chœur.

Comment, malheureux ! Comment, scélérat ! Un gueux ose nous parler de la sorte, et la hardiesse de nous reprocher notre conduite!

Demi-Chœur

Par Neptune , il a raison ; il n'a rien dit que de vrai. Il n'en ment pas d'un point.

Le chœur.

Mais quand il aurait raison, est-ce à lui d'oser le dire ? Il s'en repentira.

Demi-Chœur.

Où courez-vous ? Demeurez ! Si vous maltraitez cet homme, il vous en cuira à vous même.

Le Ch.

O ! Lamaque dont les regards sont des éclairs ! Montre toi avec ton casque redoutable. Viens à mon secours, mon cher Lamaque , mon voisin, toi, ou le premier capitaine, le premier guerrier qui entendra mes cris. A mon secours ou plutôt ; à l'aide. On me tient par le milieu du corps.

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Lamaque . Dicéopolis . Le Chœur .

Lamaque

De quel côté vient le cri de force qui frappe mes oreilles ? Qui est-ce qui a besoin de secours ? Où faut-il porter la guerre ? Qui est-ce qui a fait sortir mon casque de son étui ?

Dic.

O ! Lamaque ! O ! grand héros ! Qu'est-il besoin ici de casque et de guerre ?

Le Ch.

O ! Lamaque ! Cet homme depuis longtemps prend plaisir à parler de la ville en très mauvaise part.

Lamaque.

Coquin de gueux ! Tu oses donc parler de la sorte ? C'est bien à toi, misérable !

Dic.

Pardonne moi, héros Lamaque , si tout gueux que je suis, je n'ai pu m'empêcher de dire de bonnes choses.

Lamaque.

Qu'as-tu dit ? Je veux le savoir.

Dic.

Je ne sais ; la vue des armes me fait si grand peur, que la tête me tourne. Je t'en prie, ôte de devant moi cette horrible figure que tu portes sur ton bouclier.

Lamaque.

La voilà ôtée.

Dic.

Mets-le là à la renverse !

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Lamaque.

Le voilà renversé.

Dic.

Ôte le plumet qui est sur ton casque et me le donne.

Lamaque.

Voilà les plumes.

Dic.

Tiens-moi la tête que je vomisse ; les armes me font mal au cœur.

Lamaque.

Insolent ! Que prétends-tu faire ? Tu te veux servir de cette plume pour vomir ?

Dic.

Eh ! Ce n'est pas une plume que cela.

Lamaque.

Oui, c'en est une ; mais d'un trop bel oiseau.

Dic.

Qui s'appelle : Sot et Vain.

Lamaque.

Je te ferai mourir.

Dic.

Nullement, grand Lamaque ; cela passe pouvoir.

Lamaque.

Tu oses donc parler de la sorte à un général, coquin ?

Dic.

Moi, coquin ?

Lamaque.

Et quoi donc ?

Dic.

Et quoi ? Je suis un bon citoyen, sans ambition ; guerrier, quand l'état me l'ordonne

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au lieu que toi, tu n'es qu'un mercenaire.

Lamaque.

On m'a nommé Général.

Dic.

Oui, trois coucous. C'est le dépit que j'en ai eu, qui m'a porté à faire trève avec les Lacédémoniens. Et le moyen de voir, sans en crever de dépit, des hommes à tête blanche garder leur rang, pendant qu'on voit des jeunes gens comme toi tourner le dos ? Ce sont cependant de ces messieurs à qui on paye trois dragmes par jour ; un fripon de Tisamène , un putassier de Phénippe , des Gérès , et des Théodore efféminés, des hableurs de Diomée , des gens des pays les plus décriés.

Lamaque.

Que voulez-vous ? On nous a nommés.

Dic.

Mais quelle raison y a-t-il qu'on vous envoie de tous côtés en ambassade, ou commander des troupes, pendant qu'on laisse ceux-ci à rien faire ? Par exemple ce bon vieux charbonnier que voilà, qui a les cheveux tout blancs, a-t-il eu la moindre commission honorable ? Il fait signe que non. Et si pourtant il a la mine d'être un homme d'esprit et fin larron. Que dirons nous de Dracille , d' Euphoïde , de Prinodes ! Y a-t-il quelqu'un d'entre vous qui ait vu Ecbatane ou la Chaonie ? Ils disent que non. Mais un Lamaque , un Mégaclès fils de la noble Cesyre , et dissipateur des grands biens de cette femme, gens si décriés par leurs dettes et si ruinés par leurs écots fameux, qu'à la manière de ceux qui vident le soir les cuves où l'on est baigné,

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(n) Espèces de vers fort longs employés par Aristophane pour parler aux spectateurs, soit sur les affaires publiques, soit sur ce qui le regardait en particulier. Quelqu'un du chœur les récitait ; mais il quittait pour cela l'habit de théatre.

tous leurs amis commencent à leur crier : hors de là, retirez vous.

Lamaque.

O ! Chienne de démocratie ! Faut-il souffrir de pareilles injures ?

Dic.

La liberté publique ne nous porterait pas à dire de semblables choses, si Lamaque ne commandait point.

Lamaque.

Je m'en moque. Je déclare que je ferai toujours la guerre à feu et à sang à tous ceux du Péloponèse, de tous côtés, par mer et par terres.

Dic.

Et moi, je fais à savoir à tous les Péloponnésiens, Mégariens, Béotiens et autres qu'il appartiendra qu'ils n'ont qu'à venir trafiquer avec moi et non avec Lamaque .

Le Ch.

Cet homme a gagné la cause, et gagné le peuple, au sujet des trèves. Mais dépouillons- nous, pour réciter les Anapestes (n) .

Anapestes, ou Intermède.

Depuis que notre maître se mêle de faire les chœurs Bachiques, il n'a point encore pris le parti d'avancer sur le théatre pour faire son éloge à l'assistance. Mais accusé par les ennemis qu'il a parmi les Athéniens qui précipitent le jugement, d'avoir joué la République dans ses comédies, et fait insulte à l'état, il est obligé de défendre devant les Athéniens qui se sont accoutumés à reformer

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(o) Le grec se sert du terme d'ἀφύαι, un poisson de vil prix très commun.

leurs jugements précipités. Il ose donc soutenir qu'il a beaucoup mérité auprès de vous, en vous empêchant d'être trompés par les beaux discours des flatteurs, de vous arrêter à de vaines louanges, et de baiez baierle bec comme un peuple sans esprit. Si les ambassadeurs des villes alliées vous apelaient par flatterie : couronnés de violettes ; aussitôt, à ce mot de : couronnés ; aussitôt vous vous redressiez, et à peine touchiez vous les sièges de l'épiderme des fesses. Si quelque autre fade louangeur, empruntant l'expression de quelque poète, vous apelait : la grasse Athènes, aussitôt à la faveur de cette épithète de grasse, en y ajoutant le bon marché des merlans (o) , il remportait toute sorte de satisfaction. En vous empêchant donc de vous laisser surprendre à ces fades éloges, notre poète vous a fait mille et mille biens, aussi les peuples qui vous apportent le tribut annuel, souhaitent avec passion qu'on leur montre ce poète excellent, qui a bien osé se hasarder à dire aux Athéniens des vérités qu'il leur importait extrêmement d'entendre. Son heureuse hardiesse lui a même acquis tant de réputation au loin, que le roi des Perses, entre plusieurs autres questions qu'il faisait aux ambassadeurs des Lacédémoniens ; après leur avoir demandé qui était ceux qui commandaient les flottes, leur demanda aussi qui étaient ceux dont notre poète disait le plus de mal. Il assurait en même temps que ces peuples seraient les meilleurs et les plus heureux dans la guerre, qui suivraient ses conseils. Vous savez que les Lacédémoniens, dans leur proposition de paix, vous ont fait instance pour avoir Egine. Mais savez vous bien pourquoi

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(p) Ile dont le vin n'était pas estimé à Athènes, mais il était encore bon pour des charbonniers tels qu'étaient les Acarniens.

ces instances si souvent réitérées ? C'est que le poète y a ses terres, et qu'ils ne se soucie d' Egine, que pour vous ravir Aristophane . Vous ne les écouterez pas, si vous êtes sages. Mais il promet de ne vous dire rien que de juste, rien que que d'utile et de vrai ; et sans chercher à tromper par de basses flatteries, par de vaines promesses, par des niaiseries puériles, il ne travaillera qu'à vous rendre heureux par de bon conseils.

Qu'après cela Cléon bataille, qu'il machine contre moi ; j'aurai la raison et le bon droit de mon côté. Faut il vous le dire en deux mots ? L'état ne me trouvera point timide et mou comme lui. Viens à moi, muse Acarnienne, animée d'un feu pétillant de charbon de chêne vert qu'un vent sec allume, pendant que les merlans sont sur le gril et que les ans versent du vin de (p) Thase à pleine coupe, et que les autres pétrissent les gâteaux. Inspire moi de vers vigoureux sur un ton rustique ; et souviens-toi que je sois ton compatriote.

Nous avons ce reproche à faire à la République nous autres vieilles gens, qu'elle n'a pas soin de nous nourrir dans notre vieillesse comme l'ont mérité les services que nous lui avons rendu sur mer. Au lieu d'une récompense, si juste qui nous serait due, il n'y a point de maux que la chicane ne nous fasse souffrir, et vous nous abandonnez à de jeunes rhéteurs dont nous sommes devenus le jouet; de jeunes écervelés sourds à nos cris, gens qui ne sont bons à rien non plus que de vieux tronçons de flèches brisées.

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(q) Allusion au Neptune asphatien de Ténare.

(r) Il y en avait de bois au milieu de l'assemblée générale ; comme il parait par ces mots de la première scène de cette comédie où Trygée représente l'empressement d'un chacun pour occuper les premiers sièges de bois : [?] τα δʹὠσιοῦνται πῶς δοκεῖς. Ἐλθοντες - [?] λήλοισιν περὶ πρώτου ξύλου Ἀθρόος [?] αῤῥεοντες. Mais la plupart étaient de pierre infr.187

(?)

(s) Les juges mesuraient le temps aux avocats des parties avec une horloge à l'eau.

(t) Il y a eu quatre Thucydides ; l'historien, le Garguettien, le Thessalien, et celui-ci qui était fils de Milésias .

Acarniens, vers 24-26 : εἶτα δ’ ὠστιοῦνται πῶς δοκεῖς ἥκοντες ἀλλήλοισι περὶ πρώτου ξύλου, ἁθρόοι καταρρέοντες.

Il ne nous reste plus pour toute ressource que notre bâton ; c'est là notre (q) Neptune de sûreté. Nous murmurons entre nos dents, si la vieillesse nous en a encore laissé ; nous (r) sommes collés aux bancs des pierres (r) de l'auditoire ; mais nous ne voyons que l'ombre de la justice ; pendant que le jeune qui homme nous attaque, frappe à tort et à travers, fait rouler des torrents et paroles ; et nous tendant pièges sur pièges, agite et secoue le bonhomme, le vieux Tython Tithon , qui fait le cul de poule avec les lèvres, comme l'enfant qui tette [sic], et se voir à la fois condamné. En sorte que gémissant et sanglottant, il s'en va, dir disant à ses amis ; hélas ! J'ai perdu jusqu'à ce qui me restait d'argent pour acheter un cercueil.

Quelle justice y a-t-il, de voir ainsi condamner à l'horloge (s) un vieillard tout blanc, qui a tant souffert pour l'état, qui s'est essuyé tant de fois une sueur chaude et abondante, enfin qui a sauvé la république à Marathon ? Mais que les choses ont changé de face ! A Marathon nous donnions la chasse aux ennemis ; ici des méchants nous la donnent et nous dépouillent de tout. Que diras-tu à cela, babillard de et chicaneur Marpsias ?

Comment souffrir qu'un homme couché sous le faix des années, tel que Thucydide fils de Milésias (t) , périsse dans les déserts de la Scythie, et souffre la même condamnation qu'un Céphisodème , indigne chicaneur ? Que je lui porte de compassion ! Les larmes m'en coulent des yeux, quand je vois un vieillard vénérable maltraité par un archer ; un viei-

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(u) On sacrifiait un pourceau dans la fête de Cérès .

vieillard tel que Thucydide , qui, par de Cérès , quand il était dans la vigueur de ses belles années n'aurait pas souffert d'être touché par de Cérès -même. Il aurait d'abord terrassé des orateurs comme Evathle ; il aurait crié plus fort que trois mille archers ensemble, et percé de traits les propres parents de son père. Au reste, si vous ne voulez pas laisser dormir en paix les vieillards, réglez au moins qu'il n'y aura que de vieillards et des édentés à leur faire des procès ; laissez les vieux avec les vieux, et les jeunes avec les jeunes, les débauchés avec les efféminés (u) , le fils de Clinias avec ceux de sa sorte ; et qu'il soit dit une fois pour toutes, qu'en matière d'affaires, il ne sera permis qu'aux vieillards d'en avoir avec les vieillards, et rature aux jeunes d'en avoir avec les jeunes.



Dicéopolis seul.

Voici le terme du marché qui soit être libre entre les Péloponèsiens, les Mégariens, les Béotiens et moi. Mais point de Lamaque . Il faut établir des inspecteurs de police. En voila trois tirées au sort, ces trois courroies de cuir de bœuf. Défenses sont faites à tous dénonciateurs de mettre le pied ici. Je vais quérir la colonne où sont exposés les articles de ma trève, et la mettre au milieu du marché, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance.



Un mégarien et ses filles .
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(x) On sacrifiait un pourceau dans la fête de Cérès .

Le Mégarien

Je salue le marché d' Athènes, marché autrefois si aimé des Mégariens. Il me semble que je revois ma mère, quand je le revois. Avancez, enfants malheureux d'un père misérable ; cherchez du pain, s'il peut s'en trouver : écoutez, prêtez moi toute l'attention dont est capable votre ventre affamé. Lequel aimez vous le mieux, d'être vendues, ou de périr de faim ?

Les filles

Vendues, vendues.

Le mé.

C'est bien mon sentiment aussi. Mais qui sera le fou qui pourra se résoudre à faire, en vous achetant, l'achat le plus ruineux qu'il se puisse faire ? Je m'avise d'une machine toute mégarienne. Je veux vous métamorphoser en cochons (u) et je dirai que je suis marchand de cochons ; gantez-moi ces pieds de porcs, afin qu'on vous prenne pour des cochons de bonne race. Car, par Mercure , si je suis contraint de vous ramener au logis, je vous ferai périr de male faim. Masquez vous aussi de ces groins, fort bien. Il ne reste plus qu'à vêtir ce sac, et apprendre à grogner harmonieusement (x) comme de vrais cochons dignes d'être sacrifiés. Je m'en vais appeler Dicéopolis Dicéopolis ! Hau ! Où est Dicéopolis ? Veux-tu acheter des cochons !



Dicéopolis . Le Mégarien . Les filles .
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42

Dic.

Qu'est-ce, Mégarien ?

Le Mé.

C'est un marchand qui cherche à vendre.

Dic.

Comment vous en va ?

Le Mé.

Nous mourons de faim auprès du feu.

Dic.

Il fait bon auprès du feu, quand on danse au son de la flûte ; mais d'y mourir de faim, cela est malheureux. Que faites vous encore ?

Le Mé.

Je ne sais ; mais quand nous sommes partis ceux qui nous gouvernent travaillaient sérieusement à procurer à la ville une sûre et prompte ruine.

Dic.

Vous allez être délivré de vos maux.

Le Mé.

Comment cela, s'il vous plaît ?

Dic.

A quel prix est le blé à Mégare ?

Le Mé.

Je le trouve cher et précieux comme les Dieux.

Dic.

Apportes tu du sel ?

Le Mé.

Vous en êtes les maîtres.

Dic.

Et de l'ail ?

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43

(y) Dicéopolis s'aperçoit aisément à la marque naturelle que ce sont des filles, car il les manie. Comme dans le grec le mot qui signifie cochon, signifie aussi le mirliton la vulve , le poète a badiné sur cette équivoque, on a été obligé de substituer quelques badineries aux siennes pour imiter au moins ce que l'on [illisible]

(le reste de la note est a été enlevé par le relieur).

Il y a ici (Tout ceci est ajouté par le traducteur).

Le Mé.

Quel ail pourrions nous avoir, pendant que fouillant nos champs et nos guérets comme des taupes, vous tirez notre ail de terre avec des piquets ?

Dic.

Qu'apporte tu donc ?

Le Mé.

Des cochons mystiques.

Dic.

C'est bien dit ; que je les voie.

Le Mé.

Ils sont beaux et des plus beaux. Soulève les un peu pour voir comme ils sont dodus et fournis.

Dic.

Que diable est-ce là ? (y)

Le Mé.

Ne l'ai-je pas dit ? Ce sont des cochons, ou du moins ; il ne leur manque que trois lettres pour être ce que je dis.

Dic.

Et de quel pays sont ces cochons trois lettres moins ?

Le Mé.

Ils sont de Mégare. Est-ce qu'à trois lettres près ce ne sont pas là de vrais cochons ?

Dic.

Je vois bien le commencement et la fin du nom de la bête, mais je ne trouve pas le reste, et je ne vois pas de cochons.

Le Mé.

Voilà un homme bien incrédule ! Ajoute

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44

trois lettres seulement à ce que tu vois et tu y trouveras des cochons. Veux tu gagner un boisseau de sel pilé avec de l'oignon que la chose est comme je le dis ?

Dic.

C'est assez badiner sur des noms. Venons en au fait, à qui sont ces prétendus cochons ?

Le Mé.

A qui ? Par Dioclès , ils sont à moi. A qui seraient-ils ? Mais pourquoi dire de de prétendus cochons ? Veux-tu les entendre parler ?

Dic.

Oui, de par tous les Dieux, et très volontiers.

Le Mé.

Parle, petit cochon ; ne garde plus le silence autrement, maudite bête, je te ramènerai à la maison, ou que Mercure ne me soit pas favorable.

Les filles

Coïï ! Coïï !

Le Mé.

Eh bien, ne sont-ce pas là les animaux que nous disions.

Dic.

J'en vois du moins bien à clair les premières et les dernières lettres ; et pour peu de soin qu'on prenne de les bien traiter, on aura bientôt le nom complet.

Le Mé.

Assure toi qu'en peu ils ressembleront à leurs mères.

Dic.

Mais nous ne pourrons sacrifier celui-ci.

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Le Mé.

Et pourquoi non ?

Dic.

Il n'a point de queue.

Le Mé.

Il est jeune. Mais en quelque temps d'ici il ne manquera pan pas de lui en venir une belle grosse toute rouge, que dis-tu de cet autre ? Ne voilà-t-il pas de quoi faire une belle nourriture ?

Dic.

Celui-ci ressemble tout à fait à l'autre.

Le Mé.

Il n'a garde de ne pas lui ressembler ; il est de même père et de même mère. Pour peu qu'il engraisse, et que le poil lui vienne, ce sera un joli animal à sacrifier à Vénus .

Dic.

Est-ce qu'on sacrifie ces sales animaux à Vénus ?

Le Mé.

C'est si bien à elle, qu'on ne les sacrifie à aucun autre Dieu. De plus on dit que la chair en est excellente quand elle est à la broche.

Dic.

Mangeront-ils bien sans leur mère ?

Le Mé.

Oui, par Neptune , et sans leur père aussi.

Dic.

Qu'aimeront-ils le mieux ?

Le Mé.

Tout ce que vous leur présenterez, demandez-leur.

Dic.

Petit cochon ! Petit cochon !

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46

(z) Hercule était représenté comme un grand mangeur.

/Dévorure ?

/cotte ?

Il y a un espace, barré au crayon, est vide : le dernier mot de la phrase n'a pas été marqué.

Les filles.

Coïï, coïï.

Dic.

Mangeras-tu bien des pois ?

Les filles.

Coïï, coïï.

Dic.

Des figues sèches ?

Les filles.

Coïï, coïï.

Dic.

Des figues fraîches ?

Les filles.

Coïï, coïï, coïï.

Dic.

Malepeste ! Comme elles ils ont grogné haut et clair aux figues. Qu'on m'en apporte du logis pour voir s'ils en croqueront. ô Grand Hercule (z) ! Comme ils baffrent ! D'où sont-ils ces cochons ? Il me semble qu'ils sont de la / [illisible] . Mais ils n'ont pas mangé toutes les figues.

Le Mé.

Non ; en voilà une que je leur ai dérobée. Par Dieu ! voilà de plaisants animaux. Combien me coûteraient-ils ?

Le Mé.

Celui-ci, je le vendrai une / côte d'ail, et celui-là un minot de sel.

Dic.

Je les achète pour le prix. Attends-moi là.

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47

Le Mé.

O ! Mercure ! Que ne puis-je vendre de même ma femme et ma propre mère !



Un dénonciateur . Le Mégarien . Dicéopolis . Le dénonciateur

L'homme ! D'où es-tu ?

Le Mé.

Je suis un marchand de cochons, Monsieur, de Mégare.

Le dé.

Je vais tout à l'heure te dénoncer, toi et tes cochons, toi comme ennemi, et tes cochons comme de la contrebande.

Le Mé.

Voilà comme ont commencé nos maux.

Le dé.

Tu auras beau te plaindre dans ton fichu patois de Mégare. Ne laisseras-tu pas venir le sac ?

Le Mé.

Dicéopolis ! Dicéopolis , à moi ; l'on veut me dénoncer.

Dic.

Qui est-ce qui veut te dénoncer ? Officier de police ! Ne chasserez vous pas ces insolents ? Si tu viens nous éclairer, où est ta chandelle ?

Le dé.

Comment ! Je ne dénoncerai pas les ennemis ?

Dic.

Va-t-en chercher ailleurs qui dénoncer, si tu ne veux que je t'assomme.

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Il ne me parait pas que ce soit le sens du g [?] (?)

Le Mé.

Quoi ! Toujours cette peste dans Athènes ?

Dic.

Ne crains point, pauvre Mégarien . Voilà l'ail et le sel que tu m'as demandé pour les cochons. Adieu, réjouis toi.

Le Mé.

Hélas ! Ce n'est plus à la mode à Mégare.

Dic.

Eh ! Bien, que le mal que je te souhaitais terai me retombe sur la tête.

Le Mé.

Adieu, mes petits cochons ; apprenez à manger tous seuls, à présent que vous n'avez plus de père.



Le chœur

Que cet homme est heureux ! Entendez-vous comment va son affaire ? Toutes sortes de biens vont fondre chez lui, à la faveur de ce marché. Si Ctésias ou quelque autre dénonciateur y fourre son nez, il en verra pleurer bien loin de là tout à son aise. Il n'y a pas même d'espérance pour les écornifleurs. L'efféminé Prépis n'osera t'offrir ces infâmes services ; Cléonyme ne te poussera point. Marche hardiment avec tes plus beaux habits ; Hyperbole te laissera en repos sans oser déployer contre toi les ruses de la chicane. Cratin ne te sera point importun ni par la rencontre de sa figure plus soignée qu'il ne l'est permis à un honnête homme ni par ses vers impétueux, ni par le

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X

Héros honoré à Thèbes.

faguenat de ses aisselles. Pauson , le méchant Pauson , te respectera assez, pour n'entreprendre point de te tirailler ; et tu verras dans la retenue Lysistrate , la honte de son canton, cet homme tout empourpré de maux, qui meurt de faim et de froid plus de trente jours par mois.



Un Béotien . Dicéopolis . Le Béotien.

Hercule le sait, quel mal me fait ce calus. Isménias ! Mets à terre tout le pouliot. Et vous, sonneurs de Thèbes, soufflez dans vos flûtes d'os de cerf, soufflez au cul du chien.

(ils soufflent sonnent) Dic.

Paix là, sonneurs du diable . Otez vous de ma porte, importunes guêpes. Qui m'a donné tous ces misérables flûteurs ?

Le Béo.

Par Iolaus a ! Vous me faites plaisir de m'en délivrer. Car à force de souffler derrière moi depuis Thèbes, ils ont fait tomber à terre toutes mes fleurs et mon pouliot. Ne voulez-vous point acheter quelque chose du nôtre, de ces poulets, de ces cigales ?

Dic.

Eh ! Bonjour, mon petit bonhomme de Béotie, que m'apportes-tu ?

Le Béo.

De tout ce qu'il y a de bon chez nous, de l'origan, du pouliot, des nattes, de la mèche, des canaris, des geais, des pluviers, des roitelets, des plongeons.

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(b) autre caractère chronologique de cette pièce

Dic.

Tu nous amènes l'hiver, avec tous ces oiseaux.

Le Béo.

J'apporte aussi des oies, des levraults levrauts, des singes, des taupes, des hérissons, des chats, des loutres, des anguilles de Copaïs.

Dic.

O ! le benoît morceau que tu nous apportes là ! Fais que je puisse lui dire un petit mot.

Le Béo.

O ! toi, l'ainée de cinquante nymphes Copaïdes ! Fais le plaisir à cet étranger, de te montrer à lui.

Dic.

Aimable objet de mes vœux, après qui je soupire si ardemment ! Je te vois donc enfin après avoir été privé (b) pendant plus de cinq de ta chère présence ! Ah ! Quel plaisir pour le chœur Dachique ! Quel plaisir pour le friand Morique ! Enfants ! Qu'on m'apporte ici le foyer avec un soufflet. Voyez mes enfants, la belle anguille ! Dites lui des douceurs comme moi pendant que j'allumerai les charbons à l'honneur de cette belle étrangère. Menez la au logis. O ! Charmante anguille ! Je ne puis ni mort ni vif, être sans toi.

Le Béo.

Mais, qui me la payera ?

Dic.

Je la prends pour le droit du marché ! Voyons ce que tu veux vendre de tout ce que tu as là.

Le Béo.

Je veux tout vendre.

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Dic.

Veux-tu de l'argent ? Veux-tu d'autres marchandises en échange ?

Le Béo.

Si vous avez quelque chose qui ne soit point en Béotie, je m'en chargerai volontiers.

Dic.

Tu peux donc te charger de merlans de Phalère, ou de poteries.

Le Béo.

Des merlans et de la poterie ? Nous en avons de reste. Marque moi quelque chose dont nous ayons disette qui soit commun ici.

Dic.

Voici ton affaire. Prends-moi un Dénonciateur dénonciateur, et le charge comme de la poterie.

Le Béo.

C'est bien pensé, par les Gémeaux ; et je crois que j'en tirerai grand profit, en le menant par les villes et le montrant pour de l'argent comme un singe plein de malice et de mauvais tours.

Dic.

Heureusement et fort à propos, en voici un des plus indignes qui s'avance ; et c'est Nicarque .

Le Béo.

Il est bien petit.

Dic.

Oui, mais il est tout malice.



Nicarque dénonciateur. Le Béotien . Dicéopolis . Le Chœur .
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Nicarque

A qui tous ces ballots ?

Le Béo.

Ils sont à moi, et de Thèbes, de par Dieu.

Nicarque

Je vais donc dénoncer tout cela aux magistrats. C'est de la contrebande et de la marchandise ennemie.

Le Béo.

Eh ! Qu'on fait à l'état des oiseaux et des anguilles.

Nic.

Je te dénoncerai toi-même, avec...

Le Béo.

Quel tort ai-je donc fait ?

Nic.

Je veux bien te le dire, en considération des insistants. Tu apportes de la mèche de pays ennemi.

Le Béo.

Que trouves-tu dans cette mèche qui mérite d'être dénoncé ?

Nic.

On pourrait s'en servir pour mettre le feu à l'arsenal.

Le Béo.

Une mèche à lampe embraserait l'arsenal ?

Nic.

Je le pense ainsi.

Le Béo.

Mais comment ?

Nic.

Un Béotien, tel que toi, n'a qu'à mettre au cul d'un hanneton sur une mèche enflammée, et le faire voler du côté de l'arsenal pendant que le vent du Septentrion soufflera ; et voilà toute la flotte en feu.

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/ Tillaux

Dic.

O ! le plus méchant des hommes ! La flotte sera embrasée par un hanneton et une mèche à lampe ?

Nic.

Je vous prends tous à témoin !

Dic.

Bouche lui la gueule. Donne moi une corde de tilleul, que je le lie comme un pot, de peur qu'il ne se casse dans le transport.

Le Chœur.

Lie le, lie bien fort cette mauvaise marchandise, de peur qu'elle ne se brise sur la route.

Dic.

C'est mon affaire, et j'en aurai soin ; aussi bien sonne-t-il le fêlé.

Le ch.

Mais qu'en pourra-t-on faire ?

Dic.

Ce sera un vase qui aura différents usages tous des plus utiles ; une coupe de maux ; une Urne pour recevoir les ballottes, une lampe pour découvrir les criminels ; un vrai pot pourri de misères.

Le ch.

Mais pourra-t-on se fier à ce vaisseau fêlé ?

Dic.

On ! Il est plus fort qu'il ne parait. Il ne se cassera pas aisément, dans quelque sens qu'on le pense au crochet, par les pieds, ou par la tête.

Le ch.

Cela ne va pas mal.

Le Béo.

Je veux désormais me donner du bon temps, puisque

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fête de Bacchus au mois de Pyanepsion. Oreste étant venu à Athènes pendant qu'on célébrait cette fête, et étant excommunié à cause du meurtre de la mère, il conseilla à chacun qui assistait au festin, de verser du vin chacun dans son gobelet, sans donner le gobelet à un autre, comme cela se faisait à la ronde aux autres repas ; afin que, comme personne n'eût voulu boire dans le gobelet d' Oreste , il pût éviter d'être remarqué. De la cette fête fut appelée χυες, ou gobelets.

j'ai fait un si bon acquît.

Le ch.

Emporte donc, à la bonne heure, une marchandise qui te servira à tant d'usages.

Dic.

J'ai eu bien de la peine à lier comme il faut ce maudit dénonciateur. Tiens, bon homme, emporte le comme tu voudras.

Le Béo.

Baisse ta bosse, mon pauvre Isménias , et prends garde à le porter comme il faut. Tu ne portera rien qui vaille ; mais tu gagneras beaucoup à te charger de ce fardeau. Cela porte bonheur, de délivrer la République de cette espèce de gens.



Envoyé de Lamaque . Dicéopolis . l'En.

Dicéopolis !

Dic.

Qu'y a-t-il ? Que me veux-tu ?

l'En.

Lamaque m'envoie te prier de lui donner pour une draqme de grives, pour se régaler à la fête des (c) Gobelets , et te prie de lui vendre une Anguille de Copaïs pour trois dragmes.

Dic.

Quel est ce Lamaque , qui se mèle de vous manger de ces belles anguilles ?

l'En.

C'est le grand Lamaque , dont le casque est surmonté d'une figure épouvantable et ombragée de trois plumets qu'il ébranle d'une façon si martiale.

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(d) Il y avait un cantique célèbre à l'honneur des deux héros athéniens, qui avaient renversé la tyrannie de Pisistrate , il commencait ainsi : φίλτατε Ἁρμόδιε ὀυτι πω τεθνήκας.

Dic.

Il n'en aura, ma foi, point ; dût-il me donner son bouclier. Qu'il aille faire peur aux harengères, avec ses plumets ! S'il m'importune par ses cris, j'appellerai la police. Je ne ferai part à personne de ces bonnes provisions, et je rentre chez moi sur les ailes des grives et des merles.



Le chœur

L'as-tu vu, l'as-tu vu, ville d' Athènes, cet homme sage et plus que très-sage, qui au moyen de la trève qu'il a faite, se trouve comblé de biens, et en état de manger quelque chose de bon et de chaud ? Rien ne lui manque ; les biens pleuvent dans sa maison. Non, je ne veux plus recevoir chez moi le démon de la guerre, je ne veux plus qu'il y chante à ma table Armo (d) Harmodius et Aristogiton . C'est un ivrogne qui consume tous les biens qu'il trouve, et ne nous laisse que toutes sortes de maux en échange ; qui renverse nt, qui répand, qui brise ; et pendant qu'on lui dit : bois, prends place à table, on te porte cette santé ; ménage si peu ses hôtes, qu'il brasse brûle les échala ts de leurs vignes, et fait périr tout leur vin, en saccageant leurs grappes. Mais ici, quelle heureuse opposition ! L'on y prépare à faire bonne chère ; et pour preuve de cela, ne voit-on pas voler la plume par la porte ?



Dicéopolis .

O ! heureuse paix, amie de Vénus et des grâces ! Quels attraits ne nous cachais-tu pas ?

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(e) On prenait des couronnes de fleurs dans les festins.

Que je te trouve belle ! Et qu'il est doux pour moi que l'amour nous unisse, un amour plus beau que celui que Zeuxis à représenté couronné de fleurs dans le temple de Vénus . Tu me regardes sans doute comme un vieillard, mais, tout vieux que je suis, je prétends faire avec toi trois bons coups. Premièrement je pousserai dans ma vigne un sillon droit et long ; ensuite, je planterai des figuiers ; et puis tout vieux que je te parais, je binerai comme il faut mon clos de la vigne ; sans compter les oliviers, que mettrai tout autour, qui nous donneront de quoi nous huiler à toutes les nouvelles lunes.



Le hérault . Dicéopolis . Le Chœur . Le H.

Peuples, écoutez. Que chacun se prépare à célébrer , selon les rites du pays, la fête sacrée des Gobelets, et à vider le sien à son de la trompe. Celui qui l'aura vidé le premier, aura pour récompense une Outre grosse que le ventre de Céphisophon .

Dic.

Femmes ! Enfants ! N'avez-vous pas entendu ? Que faites-vous ? N'avez vous pas ouï les cri public ? Grillez, fricassez, tournez, ôtez les levreaults de la broche ; vite des (e) couronnes ; où sont les petites broches des bois que j'embroche les grives.

Le ch.

O ! trop heureux mortel ! Que je porte entier au bon parti que la prudence t'a fait prendre.

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Comme la bonne chère à quoi te tu prépares me fait venir l'eau à la bouche !

Dic. éo

Que sera-ce donc, quand l'odeur des grives roties vous frappera le nez ?

Le ch.

O ! Que c'est bien dit !

Dic.

Attise le feu.

Le ch.

Entends-tu comme il ordonne en maitre cuisinier ?



Un Laboureur . Dicéopolis . Le la.

Hélas ! Malheur à moi !

Dic.

Par Hercule ! Qui est celui-ci ?

Le la.

Un homme accablé de malheurs.

Dic.

Tant pis pour toi !

Le la.

Mon cher, puisque tu es le seul qui aies des trèves, mesure moi seulement pour cinq ans de paix.

Dic.

De quoi te plains-tu ?

Le la.

Je suis ruiné ; j'ai perdu mes deux bœufs.

Dic.

Je suis ruiné D'où es-tu ?

Le la.

Je suis de Phyles. Les Béotiens me les ont

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enlevés.

Dic.

Pauvre malheureux ! Et tu portes encore le blanc comme tes compatriotes ?

Le la.

Hélas ! Les pauvres animaux me faisaient vivre de leur fumier.

Dic.

Que te faut-il ?

Le la.

Je suis ruiné ; je perds les yeux à force de pleurer mes pauvres bœufs. Si tu as quelque pitié pour Decrète Dercète le Phylasien, frotte-moi les yeux de paix.

Dic.

Je ne l'ai pas, pour en faire part indifféremment à tout le monde.

Le la.

Je t'en conjure. Et si je te couvre mes bœufs ?

Dic.

Je ne puis. Va-t-en crier aux disciples du médecin Pittale .

Le la.

Rien qu'une petite goutte de paix dans ce roseaux ?

Dic.

Je ne t'en donnerais pas gros comme le moindre fétû. va-t-en crier ailleurs.

Le la.

Malheur à moi ! Malheur ! Hélas ! Mes pauvres bœufs !

Le ch.

Cet homme trouve un grand bien dans la trève. Il n'en veut faire part à personne.

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Dic.

Verse la sauce sur ces tripes. Fais cuire ces sèches.

Le ch.

Entends-tu comme il ordonne ?

Dic.

Et ces anguilles, qu'on les cuise comme il faut.

Le ch.

Tu me fais mourir de faim, moi et tout le voisinage, par la fumée qui nous vient de ta cuisine, et par les ordres que tu donnes.



Dicéopolis . Un paranymphe . Le chœur . Dicéopolis.

Que tout cela se cuise avec art, et qu'on ait soin à donner un beau blond à ce rôti.

Le Paranymphe

Dicéopolis !

Dic.

Qui est celui-ci ? Qui es-tu ?

Le Par.

Il y a un nouveau marié qui t'envoie ces viandes pour ta part du festin des noces.

Dic.

C'est fort avisé à lui, qui que ce puisse être.

Le Par.

Je te prie ; en récompense, de lui verser dans ce vase d'albâtre une petite mesure de pain, afin que délivré afin que délivré de la guerre, il n'ait d'autre occupation que sa femme.

Dic.

Remporte la viande au plutôt ; je n'en donnerais

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pas une goutte, pour mille dragmes ! Mais qui est cette honnête personne qui ne dit mot ?

Le Par.

C'est l'appareilleuse, qui a quelque chose à dire en particulier de la part de la mariée.

Dic.

Voyons. Que me diras-tu ? L'appareilleuse lui parle à l'oreille. O ! Dieux ! La plaisante prière que me fait cette pauvre enfant, afin que le bourdon de son cher mari demeure au logis ! Qu'on m'apporte les trèves, je veux lui en donner à elle seule, parce que c'est une femme, et qu'il n'est pas juste qu'elle éprouve les malheurs de la guerre. Femme ! Tends ton pot. Sais-tu comment il faudra faire ? Tu diras à la mariée que quand elle verra lever des soldats, elle prenne de cette précieuse liqueur, et qu'elle en frotte, la nuit, le bâton pastoral de son époux. Reporte les trèves. Ça du vin ; que l'on en verse, pour commencer à célébrer la fête solennelle des Gobelets.

Le ch.

Que vient nous annoncer ce messager de mauvais augure, avec ses sourcils froncés ?



Un messager . Lamaque . Dicéopolis . Autre messager Le messager

O ! travaux pénibles ! O ! comment combat fâcheux ! O ! Lamaque !

Lamaque

Qu'entends-je ? Quelle voix retentit dans ces toits superbes ?

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(f) Ceux qui furent sauvés du déluge de Deucation Deucalion, offrirent à Mercure une marmite pleine de toutes sortes de bonnes choses ; et de là était venue la fête qui le célébrait le 13 du mois d' Anthestérion. L'on y goûtait à rien de ce qui était dans la marmite.

Le mes.

Les généraux vous ordonnent de partir incessamment avec vos compagnies et vos plumets, pour garder les frontières, en bravant la neige et les frimats frimas ; car on a eu avis que ces larrons de Béotiens doivent faire des courses pendant ces fêtes des Gobelets Bachiques et des (f) Marmites de Mercure .

Lam.

O ! Généraux, plus nombreux que capables de servir !

Dic.

N'est-il pas fâcheux pour moi, qu'il ne me soit pas permis de me réjouir en paix ? Eh ! Fi de la guerre et des Lamaques .

Lam.

Te moques-tu donc de moi ?

Dic.

Prétendrais-je résister à un Gérion à quatre plumets ?

Autre messager.

Dicéopolis !

Dic.

Qu'est-ce ?

Le mes.

Hâte-toi de venir à un bon repas où t'invite le prêtre de Bacchus . Prends ton panier et ton gobelet. Dépêche-toi, l'on t'attend avec impatience. Tout est prêt, il y a longtemps, lits, tables, oreillers, tapis, couronnes, parfums, confitures, filles de joie, pains mollets, pâtés, gâteaux ; oublies, danseuses des plus jolies. Mais il faut se dépêcher.

Lam.

O! Malheureux que je suis !

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Dic.

Pour quoi ? Tu as de si beaux plumets ! Qu'on ramasse tout cela, et que le souper soit pris.

Lam.

Garçon ! O garçon ! Qu'on m'apporte mon havresac.

Dic.

Garçon ! O garçon ! Qu'on m'apporte mon panier !

Lam.

Garçon ! Apporte-moi des oignons et de l'ail pilé avec du sel.

Dic.

Qu'on m'apporte à moi des gâteaux ; je suis ennuyé d'oignons.

Lam.

Donne moi du salé dans une feuille de figuier.

Dic.

Donne moi aussi des feuilles de figuier pour envelopper mon rôti.

Lam.

Où sont les plumets de mon armet ?

Dic.

Où sont les pigeonneaux et les grives ?

Lam.

Elle est belle et blanche cette plume d'autruche.

Dic.

Elle est belle et blonde, cette chair de tourterelle.

Lam.

Cesse, misérable, de te moquer de mes armes.

Dic.

Malheureux ! Cesseras-tu de regarder mes tourterelles de travers ?

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Lam.

Apporte moi ces lambrequins à trois touffes.

Dic.

Et qu'on m'apporte, à moi, ce plat de levraults levrauts.

Lam.

Je m'aperçois que les mites ont rongé mes touffes.

Dic.

Et moi je vais croquer ces saussisses saucisses, pour me mettre en goût.

Lam.

L'homme ! Veux-tu te taire et cesser de m'interrompre ?

Dic.

Qui te dit rien ? Nous sommes en dispute mon valet et moi. Veux-tu parier, coquin, et t'en rapporter à Lamaque , que les sauterelles valent mieux que les grives ?

Lam.

Hélas ! On se moque de moi.

Dic.

Il dit que les sauterelles sont bien meilleures.

Lam.

Garçon ! ho garçon ! Vite mon épieu.

Dic.

Garçon ! Ho garçon ! Vite ces tripes.

Lam.

Donne, que j'ote l'étui de mon esponton. Tiens ferme.

Dic.

Et toi, tiens ferme aussi.

Lam.

Garçon ! Apporte moi l'appuis de mon bouclier.

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Dic.

Et toi, apporte moi les pains frais.

Lam.

Apporte ce beau bouclier rond et bossu garni de sa gorgone.

Dic.

Apporte moi aussi ce grand fromage rond et bossu.

Lam.

N'est-ce pas se moquer du monde avec la dernière effronterie ?

Dic.

N'est-ce pas un gâteau d'une forme admirable ?

Lam.

Garçon ! Verse de l'huile sur mon casque et le fourbis. Cela est fort bien. J'y vois un vieillard qui sera convaincu de poltronnerie.

Dic.

Et toi, verse ici du miel. J'y vois un bon vieillard qui ordonne à Lamaque fils de Gergase de pleurer tout son soûl.

Lam.

Garçon ! Qu'on m'apporte ma cuirasse guerrière.

Dic.

Qu'on m'apporte à moi ma grande coupe qui me tiendra lieu de cuirasse.

Lam.

C'est avec cette forthe forte armure que je vais braver les ennemis.

Dic.

C'est avec cette grande coupe que je braver les convives.

Lam.

Garçon ! Attache bien mon lit dans le bouclier.

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(g) Antimaque , auteur de la loi qui défendait de nommer personne sur la scène, était en un temps chorège, c'est-à-dire entrepreneur des spectacles publics, et assez épargnant pour renvoyer les acteurs sans souper.

(h) On n'a pu mieux représenter la taquinerie d' Antimaque , qu'en lui faisant apprêter une sèche, vilain poisson, qui n'est mangé que par les plus misérables du peuple.

X

Pour moi, je porte le havresac.

Dic.

Et moi, mets mon souper dans la manne ; pour moi, je porterai la casaque.

Lam.

Charge toi du bouclier. Marche. Il tombe de la neige. O ! Dieux ! Quelle corvée !

Dic.

Et toi, porte le soûper. Dieux ! L'agréable repas !



Chœur.

Marchez bravement où le destin vous appelle. Que vos voies sont différentes ! Celui-ci va se couronner et boire à tire larigot ; celui-là va trembler de froid en gardant les frontières. Celui-ci va tenir entre ses bras une jolie créature qui lui maniera voluptueusement......... vous m'entendez bien. Et l'autre....... Mais que Jupiter fasse périr Antimaque (g) fils de la rosée, le sot, le mauvais poète, l'impertinent législateur, qui n'a pas voulu qu'on ne nommât personne ; le taquin d'ordonnateur de spectacles Bachiques, qui me renvoie sans souper. Je souhaite, quand il aura la plus grande envie de manger d'une sêche fraîche (h) , et qu'on la lui apportera toute brulante, que dans le moment qu'il étendra la main pour la prendre, une chienne affamée la lui dérobe et s'enfuie avec . Voil Voilà pour le jour. Voici pour la nuit. Qu'en se retirant du manège avec le frisson de la fièvre, il fasse rencontre de quelque Oreste furieux qui lui casse la tête ; que pour s'en venger, il se baisse

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/ épée ?

dans les ténèbres,à dessein de prendre une pierre, et empoigne un étron tout chaud ; en voulant jeter ce beau caillou de merde à celui qui l'avait blessé, il se trompe, et que le coup manqué aille frapper Cratin .



Messager de Lamaque.

Esclaves et serviteurs de Lamaque ! Vite de l'eau. Qu'on fasse chauffer de l'eau dans un chaudron ; qu'on prépare des draps, du cérat, des [?] , de la laine grasse, des ligatures pour le bas de la jambe. Votre maître a été blessé par un échalas de vigne en sautant un fossé. La cheville du pied lui en est sortie de place ; et de plus, en tombant, il s'est cassé je ne sais combien d'os cassé à la tête. La Gorgone de son bouclier en est partie de sa place et la plus belle de ses plumes en est tombée sur les roches, de sorte que Lamaque , presque accablé de tant de maux, s'est écrié : astre brillant dont les regards éclairent tout l'univers ! C'est donc ici la dernière fois que je te regarde ! C'est donc ici que j'abandonne la lumière et que je cesse d'être ! En disant cela, il est tombé dans un égout, dont s'étant relevé, avec peine, il est allé au-devant des fuyards et a chassé avec son invincible épieu ces larrons de Béotiens. Mais le voici lui-même. Ouvrez la porte.



Lamaque . Dicéopolis . Le chœur . Lamaque

Atta pattata ! Cruelles douleurs ! Que vous me tourmentez ! Je suis mort ; c'est fait de moi.

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67

Je suis percé d'un javelot ennemi. Mais ce qui me tourmente le plus, c'est la peur que Dicéopolis ne me trouve en cet état et ne me raille dans les maux que j'endure.

Dic.

avec deux danseuses Attalattata ! Qu'ils sont fermes ces jolis tétons ! Ils sont plus doux que des coins murs. Donnez moi toutes deux de tendres baisers, de ces baisers où la langue fait son office ; car j'ai vidé mon gobelet tout le premier.

Lam.

O ! Malheur insupportable ! O ! Cruelles douleurs que me causeront mes blessures !

Dic.

Ha, ha, ha. Eh bon soir, mon cher petit Lamaque .

Lam.

Que je suis triste !

Dic.

Que j'en suis affligé !

Lam.

Pourquoi me flattes-tu de la queue comme un chien ?

Dic.

Pourquoi me mords-tu ?

Lam.

Que je suis malheureux ! Que j'ai fait une funeste rencontre !

Dic.

Quelle mauvaise rencontre peut-on faire à la fête des gobelets ?

Lam.

Hélas ! O ! Péan ! Péan !

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(i) Celui qui avait vidé le premier sa coupe à la fête des gobelets, on lui donnait en récompense une outre pleine de vent

(k) Il faut remarquer que les anciens ne portaient pas la coupe contre la bouche, comme nous, pour boire, mais vidaient d'en haut dans la bouche ouverte. De cette manière ce combat de gobelets n'était pas aisé.

X

(vin ?)

Dic.

Ce n'est pas, ce me semble, aujourd'hui la fête de Péan .

Lam.

Prenez, prenez moi la jambe, mes amis ! Ouf ! Ahi ! Soutenez moi !

Dic.

Et vous femmes de bien, prenez moi ce qui me pend ; tenez le bien ferme à plein poing, mes chères amies.

Lam.

La tête me tourne, du coup de pierre dont j'ai été frappé ; mes yeux se couvrent de ténèbres.

Dic.

Et moi je m'étends ; je meurs d'envie... Oh devinez. Et la tête me tourne aussi.

Lam.

Portez moi chez Pittale ; portez moi chez le plus fameux médecin.

Dic.

Et vous, portez moi chez les juges de la fête. Où est le roi ? Qu'on me donne (i) l'outre que j'ai gagnée.

Lam.

Une lance cruelle s'est enfoncée au milieu de mes os.

Dic.

Voyez ma coupe vide. (k) Victoire, victoire ! Talerara, victoire, victoire !

Le chœur.

Talerara, victoire au bon-homme, victoire !

Dic.

Et par dessus le marché, j'ai encore vidé d'un trait

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une autre coupe de vin pur.

Le ch.

Victoire au brave vieillard, qu'on lui donne l'outre qu'il a méritée.

Dic.

Suivez moi donc en chantant : Talerara, victoire, victoire !

Le ch.

Nous te suivrons volontiers, en chantant ta victoire. Talerara, victoire, victoire ; vivent le bon homme et son outre !



Fin des Acarniens.